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Avis sanitaires : "Des Nations très unies", par le Collectif français contre l’irradiation des aliments


Extrait du livre "Aliments irradiés : atome, malbouffe et mondialisation" publié par le Collectif français contre l’irradiation des aliments, aux éditions Golias.

En ce qui concerne l’irradiation des aliments, après de premières recherches et initiatives d’autorisation aux Etats Unis d’Amérique et en Europe après la seconde guerre mondiale, la mise en place d’accords et d’instances spécifiques autour de l’AIEA , au sein même des Nations Unies, a joué un rôle fondamental. L’AIEA étant chargée notamment d’accélérer et d’élargir la contribution de l’énergie atomique à la paix, la santé et la prospérité dans le monde… Ce fut d’abord, en 1959, un accord entre l’OMS et l’AIEA, qui dépossédait de facto l’OMS de son indépendance sur les questions liées à l’énergie nucléaire. En 1963 était ensuite mis en place un comité mixte composé de représentants de l’AIEA, de la FAO et de l’OMS, chargé d’étudier la salubrité des aliments traités par l’irradiation : le JECFI (Joint FAO/AIEA/WHO Expert Committee on Food Irradiation). En 1964 enfin, l’AIEA et la FAO instituaient une Division mixte FAO / AIEA des techniques nucléaires dans l’alimentation et l’agriculture , avec l’objectif « d’exploiter les compétences et les ressources des deux organisations afin d’étendre la coopération entre leurs Etats membres dans l’application sûre et efficace de la science et de la technologie nucléaires propres à assurer à leurs peuples une alimentation plus saine et abondante tout en ménageant les ressources naturelles ». Cette division devait jouer un rôle prépondérant dans la préparation des normes sur l’irradiation des aliments.

Parallèlement était instituée par la FAO et l’OMS, en 1963, la Commission du Codex Alimentarius, avec comme objectifs d’assurer la protection des consommateurs, la promotion de pratiques loyales dans le commerce des aliments et la coordination de tous les travaux de normalisation ayant trait aux aliments. Le poids de cette institution devait devenir considérable pour le monde entier puisque les normes qu’elle édicte sont aujourd’hui LA référence pour l’OMC (Organisation mondiale du commerce), et son Organe de règlement des différends, sur les questions du commerce de denrées agro-alimentaires. Dans un contexte de mondialisation croissante des échanges économiques, cette commission très opaque est ainsi devenue le gendarme de la planète, définissant les règles de production et de transformation agro-alimentaires, sous couvert de sécurité alimentaire et sanitaire pour les consommateurs.

Dans ce cadre, l’irradiation des aliments est présentée comme une technologie idéale au service de la sécurité sanitaire mondiale, permettant d’éliminer des pathogènes responsables de millions d’infections d’origine alimentaire, en partie mortelles. En effet, l’OMS constate une augmentation des maladies d’origine alimentaire dans le monde, notamment au cours des 30 dernières années, au Nord comme au Sud.

Il faut cependant considérer que, parmi ces maladies en croissance, certaines parmi les plus virulentes sont relativement nouvelles ou sévissent principalement dans les pays « développés » : les salmonelloses représentent un problème important dans les pays industrialisés tandis que certaines maladies d’origine alimentaire (p.ex. les infections imputables à des E. coli entérohémorragiques - comme E. coli O157 - et les listérioses) sont apparues au cours des dernières décennies . Malgré l’application de politiques de plus en plus hygiénistes ! … Pourtant, l’OMS le reconnaît elle-même : « La chaîne de production alimentaire est devenue plus complexe, multipliant les possibilités de contamination et de développement des agents pathogènes. Bien des flambées épidémiques qui, autrefois, se limitaient à une petite communauté, peuvent désormais prendre des dimensions mondiales. » . Par ailleurs, des recherches pointent par exemple une relation possible entre l’utilisation d’antibiotiques dans l’alimentation animale (administrés essentiellement par prévention et pour la croissance des animaux) et l’augmentation alarmante de l’incidence de bactéries résistantes et multirésistantes aux antibiotiques, contribuant ainsi à leur développement.

Au lieu de s’interroger sur les failles, voire l’échec d’un système de gestion du risque microbiologique, qui non seulement ne produit pas d’effets positifs nets mais pourrait tendre à accroître le risque, les solutions proposées et mises en oeuvre se concentrent sur le constat et des systèmes d’analyse du risque (évaluation, gestion, communication), sans interroger le modèle agro-alimentaire qui tend à se généraliser sous l’effet combiné de la normalisation et de la mondialisation.

Ainsi, après les premières inquiétudes et des résultats de recherche alarmants sur les risques sanitaires liés à la consommation d’aliments irradiés aux Etats Unis dans les années 50 et 60, la prise en main de ce sujet par les instances internationales aboutit progressivement à des rapports rassurants (1977), puis à l’évacuation de risques toxicologiques jusqu’à une dose de 10 kGy (1980), enfin à l’assurance que « les aliments traités avec des doses supérieures à 10kGy peuvent être considérés comme sûrs et d’une qualité nutritionnelle satisfaisante » (1999). En 2003, la norme Codex révisée établit que « la dose maximale absorbée pour une denrée alimentaire ne doit pas être supérieure à 10 kGy, sauf si cela est nécessaire pour obtenir un résultat technologique légitime ». Sans donner la définition ni les conditions délimitant un « résultat technologique légitime », ce manque de précision ouvre en réalité la porte à un usage de l’irradiation sans limitation de dose.

Cette évolution a pu se faire parce que « l’AIEA, l’OMS et la FAO ont écarté et déformé des preuves substantielles suggérant que la consommation d’aliments irradiés pouvait présenter des dangers pour la santé humaine » . Pourtant, dès les années 60, de nombreuses études menées sur des animaux ont fait apparaître de multiples problèmes de santé. L’armée américaine, à la recherche de méthodes de conservation efficaces des aliments destinés aux troupes présentes au Vietnam, a notamment procédé à des études sur animaux dont les résultats, publiés en 1968, se sont avérés très inquiétants (U.S. Government Printing Office, 1968) : réduction de la durée de vie et de la fertilité chez les rats ; diminution du taux de globules rouges chez les chiens et les rats ; accroissement de l’incidence du cancer chez les rats ; réduction de la capacité de conversion alimentaire des souris et des chiens .

Elles ont également écarté les recherches attestant de risques liés à la formation de molécules spécifiques dans les aliments irradiés, au motif que les effets seraient similaires à ceux d’autres techniques de conservation, notamment par la chaleur . L’agenda de recherche défini lors de la première conférence internationale en 1961, qui avait identifié neuf questions-clés à résoudre avant de pouvoir déclarer les aliments irradiés sains pour la consommation humaine, ne sera pas respecté. Les conférences suivantes ont principalement traité des stratégies pour faciliter la légalisation de l’irradiation des aliments , la commercialisation et l’acceptation par les consommateurs des aliments irradiés ; le comité mixte a surtout agi comme un organe de promotion de l’irradiation des aliments.

En réalité, le soutien à l’irradiation des aliments s’est développé dans un contexte de besoins alimentaires mondiaux et d’alternative à l’usage de pesticides, dont l’innocuité commençait à être remise en cause. Aujourd’hui, cette technologie se développe dans les pays du Sud comme moyen d’accès au marché mondial .

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Mise en ligne : mardi 9 octobre 2007


Collectif français contre l'irradiation des aliments
www.irradiation-aliments.org - T/F : +33 (0)1 48 05 86 81
21 rue Alexandre Dumas - 75011 Paris - courriel
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